Ce que la vigne n'oublie pas

Chapitre 9

La grande salle de la mairie de Libourne était pleine à craquer.

Trois cents personnes, des vignerons en veste neuve, des négociants, des journalistes avec leurs caméras. Une estrade au fond, avec une table drapée de blanc, et des bouteilles anonymes alignées derrière l'écran.

Mon père et ma mère étaient au premier rang, en habits du dimanche. Ma mère tenait la main de mon père si fort que leurs jointures étaient blanches.

Raphaël était à ma droite, droit comme un piquet, sans cravate.

« Respire », m'a-t-il soufflé.

« Je respire. »

« Non. Tu retiens tout. »

De l'autre côté de la salle, la famille Delcourt avait pris la rangée du milieu. Gérard à gauche, impassible. Hélène, en robe corail, parfaite. Juliette entre eux, en blanc, pâle comme un linge.

Adrien n'était pas avec eux.

Je l'ai trouvé, deux rangs derrière, assis tout seul au bout d'un banc. Il portait un costume noir. Il n'a pas détourné les yeux.

« Mesdames, messieurs, a lancé Antoine Fabre, président du jury, en tapant doucement le micro. Le Trophée des Primeurs du Libournais, quarantième édition. »

Il a dépouillé une première enveloppe.

« En troisième position, Château Lestrade, cuvée Prestige. »

Des applaudissements polis.

« En deuxième position… »

Il a fait durer le silence. Le papier a crissé.

« Château Delcourt, Cuvée Éléonore. »

Un grondement a traversé la salle. Gérard s'est redressé, comme frappé par une gifle. Hélène a serré son sac contre elle.

« Et en première position… Domaine de Combelongue, Les Treize Rangs. »

Je n'ai pas entendu la suite. Quelque chose a explosé dans ma poitrine, un grand bruit blanc qui m'a vidé la tête.

Les gens se sont levés. Ma mère pleurait. Mon père, debout, a posé sa main sur la bouche. Raphaël m'a pris dans ses bras, comme si on l'avait fait mille fois.

« Clara, c'est toi. C'est toi qui l'as fait. »

« C'est nous. »

« C'est toi. »

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