Ce que la vigne n'oublie pas

Chapitre 7

Il a posé la chemise sur le capot de sa voiture.

Trois feuilles agrafées, un logo bleu, des chiffres qui dansaient.

Crédit du Sud-Ouest, agence de Bordeaux-Chartrons. Compte ouvert le 3 mars. Trois virements de vingt mille euros de la maison Brun, les 12 mars, 12 avril, 12 mai. Motif : « consultance œnologique ». Retraits en espèces, le lendemain de chaque virement, jusqu'au dernier centime.

Mon nom en haut de la page. Mon adresse. Ma date de naissance.

« Je n'ai jamais ouvert ce compte. »

« Clara… »

« Je n'ai jamais mis les pieds dans cette agence. Regarde la signature. »

Il a regardé. Ce n'était pas la mienne. Le C ressemblait à un 6, le R était trop rond.

« Qui avait ma carte d'identité ? Mon justificatif de domicile ? Mon acte de naissance ? »

Il n'a pas répondu.

« C'était pour le dossier de mairie, Adrien. Pour le mariage. »

Un long silence est tombé entre nous.

« C'est Juliette qui s'en occupait, a-t-il fini par dire. Tu lui avais tout confié. »

« Oui. Parce que c'était ma meilleure amie. »

Il s'est passé la main sur le visage. Pour la première fois, il avait l'air d'un homme qui regarde le fond d'un trou.

« Le matin du 10 mai, à huit heures, elle m'a tendu une pochette. Les virements, les mails, un faux contrat avec Brun. Elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas me laisser épouser quelqu'un qui allait me ruiner. »

« Et tu as lu ça dans ta voiture. »

« Dans le parking de l'église. J'ai pas réussi à entrer. »

« Tu m'as envoyé un SMS. »

« J'ai pas osé t'appeler. J'avais peur que tu mentes bien. »

« Tu avais peur que je dise la vérité. »

Il a ouvert la bouche. Il l'a refermée.

« Ça fait cinq mois que je te déteste pour quelque chose que j'ai jamais fait, a-t-il murmuré. »

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