Chapitre 6
Gérard Delcourt a mis quatre jours à digérer.
Le mardi, son avocat a envoyé une lettre de dix pages pour contester l'acte.
Le jeudi, Maître Vidal a répondu en trois lignes, avec pièces jointes.
Le samedi, Gérard est venu à Combelongue en personne.
Il est resté debout dans la cour, les mains dans le dos, sans regarder les chiens qui le reniflaient.
« Six cent mille euros, mademoiselle Rivière. Pour six mille deux cents mètres carrés. C'est cent fois le prix du marché. »
« Elles ne sont pas à vendre. »
« Vous êtes jeune. Vous ne mesurez pas ce que ça représente. »
« Je le mesure très bien. C'est la seule parcelle qui a fait votre Cuvée Éléonore. »
Il a eu un petit mouvement de mâchoire.
« Vous ne gagnerez pas. »
« Alors pourquoi vous venez me l'offrir ? »
Il est reparti sans répondre. Il avait l'air plus vieux qu'au tribunal.
Raphaël m'a ouvert un chemin d'accès par son propre terrain, pour couper court à toute menace de blocage.
« Je ne veux rien en échange, a-t-il dit. J'ai envie de voir ce que vous en tirerez. »
On a vendangé les Treize Rangs le samedi 27 septembre.
Le brouillard collait encore aux sillons quand on est montés avec les seaux. Lucien, le plus vieux saisonnier de Combelongue, ouvrait la marche, un sécateur dans chaque poche, en grommelant contre les jeunes qui n'avaient pas de dos.
J'ai coupé la première grappe de ma grand-mère.
Elle était petite, serrée, presque noire. Elle avait le poids exact d'un secret.
« Je peux ? »
Raphaël me montrait ma joue.
« Vous avez du jus, là. »
« Vous me demandez la permission ? »