Chapitre 9
Six semaines plus tard, à Paris, il pleuvait.
Le siège de l'Ordre, dans le dix-septième arrondissement. Une salle haute de plafond, des boiseries, des chaises en bois alignées comme à l'église.
J'avais mis la robe noire.
Je n'avais plus peur d'avoir l'air coupable.
Au premier rang : Marc Garnier. À côté de lui, Léa. Derrière, Me Duval, ses dossiers sur les genoux. Plus loin, Juliette Cazal, pâle, les mains serrées, accompagnée d'un homme maigre que je ne connaissais pas.
Karim, du biomédical. Il m'a fait un petit signe de tête.
Au fond de la salle, Maël, debout, les bras croisés. Il avait pris le bateau, puis l'avion, puis le train, avec son meilleur pull.
« Je ne voulais pas que tu sois seule, » avait-il dit.
Adrien est entré le dernier.
Seul. Pas de cravate. Un costume gris, froissé.
Il a croisé mon regard une seconde. Il a baissé les yeux.
Inès est arrivée avec un avocat, un manteau noir, les yeux déjà rougis.
« Je suis la victime d'un montage, » a-t-elle murmuré aux journalistes. « Une machination. »
Le président a ouvert l'audience.
« Maître Duval, vous avez la parole. »
Me Duval s'est levée.
« Monsieur le président, je demande à la chambre d'écouter une pièce. »
« Quelle pièce ? »
« Une conversation téléphonique enregistrée le 4 novembre à 1 h 14, dans le service de réanimation de l'hôpital Saint-Aubin. »
Un brouhaha. Le président a levé la main.
« La chambre va l'entendre. »
Un technicien a branché une petite enceinte.
Un grésillement.
Ma voix, dans cette salle immense : « Madame Garnier, quarante et un ans, 1 h 12, hémoglobine à sept... »
La sonnerie.
La voix d'Adrien. Essoufflée. Terrifiée.
« Camille, écoute-moi bien. J'ai touché l'artère hépatique. »