Sa faute portait mon nom

Chapitre 10

« La chambre annule la décision de radiation prononcée le 14 novembre par la chambre disciplinaire de première instance, » a lu le président Delaunay. « Elle rétablit le docteur Camille Roussel dans l'intégralité de ses droits. »

Dans la salle, un souffle immense.

« La chambre estime que le docteur Roussel a été victime d'une manœuvre. Elle transmet l'ensemble du dossier au procureur de la République, et engage des poursuites disciplinaires contre le docteur Adrien Delorme et le docteur Inès Valmont. »

J'ai fermé les yeux.

Lucie.

J'ai senti une main dans la mienne.

Marc Garnier. Il avait traversé la salle.

« Je vous ai crue coupable, » a-t-il dit. « Je suis désolé. »

« Vous aviez le droit. Vous cherchiez quelqu'un. »

« Non. Vous, vous cherchiez la vérité. Moi, je cherchais quelqu'un à haïr. Ce n'est pas pareil. »

Il m'a tendu un papier plié. Un dessin, au crayon de couleur.

Une île. Un phare. Une dame en blouse blanche, avec un stéthoscope énorme.

« Éva l'a fait hier soir. Elle a dit : c'est la dame qui est restée avec maman. »

Je n'ai pas pu répondre.

J'ai serré le dessin contre moi, et j'ai pleuré pour de bon, devant tout le monde, sans que personne ne me dise quand m'arrêter.

Les mois suivants ont ressemblé à une marée qui se retire.

Inès Valmont a été radiée du tableau de l'Ordre. Puis mise en examen pour faux et usage de faux, entrave à la justice, intimidation de témoin.

Elle a pleuré à la barre pendant deux heures.

Plus personne ne s'est levé pour lui tendre un mouchoir.

Au congrès de chirurgie digestive de Paris, l'affiche a été retirée à la première heure. Mon protocole a été republié par la revue du collège des anesthésistes, sous mon nom, avec trois pages d'excuses.

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