Sa faute portait mon nom

Chapitre 6

Il m'a fallu quarante-sept minutes pour tout écouter.

Quarante-sept minutes, en trois fois, parce que mon corps lâchait.

La voix d'Adrien continuait, haletante.

« J'ai touché l'artère en dégageant le pédicule. J'ai mis un clip, ça tenait à la fermeture. Visiblement, ça n'a pas tenu. »

« Adrien, elle a perdu deux litres ! Il faut la remonter au bloc, tout de suite ! »

« Pas avant que j'aie réglé le compte rendu. Si Aubert voit ça, je suis fini. Ne préviens personne. Ni lui, ni le bloc. Donne-moi vingt minutes. Fais-moi confiance. »

Onze secondes de silence. On entend sa respiration. La mienne.

Puis ma voix, toute petite.

« D'accord. »

D'accord.

Je me suis mise à trembler.

Je ne l'avais pas rêvé. Je n'étais pas folle. Il l'avait dit. Il l'avait dit avec sa propre bouche.

À 1 h 34, ma voix avait changé. Elle appelait le professeur Aubert. « Professeur, c'est Camille Roussel. Madame Garnier fait une hémorragie. Il faut la remonter. Maintenant. »

À 1 h 41, un bip. Piles faibles.

Puis plus rien.

Lucie était remontée au bloc à 2 h 10. Elle était morte à 3 h 12.

Entre les deux, il y avait vingt minutes. Mes vingt minutes.

J'avais la preuve. J'avais aussi mon « d'accord ».

Le lendemain matin, j'ai appelé Me Duval depuis le vieux téléphone noir du couloir.

« Si vous remettez cet enregistrement au juge d'instruction, madame Roussel, votre mari tombe. Il y aura une discussion sur la manière dont il a été obtenu, mais un juge peut l'admettre. »

« Et moi ? »

Un silence.

« Vous tombez à moitié avec lui. On dira que vous avez attendu vingt minutes. »

« Je sais. »

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