Sa faute portait mon nom

Chapitre 8

Je l'ai vue traverser la piste, les talons enfoncés dans la lande.

« Adrien ! Mon amour, tu m'as fait une peur bleue ! »

Elle l'a pris dans ses bras sur le seuil de l'hôtel.

Il n'a pas levé les bras.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? »

« Je m'inquiétais. Tu as disparu depuis trois jours, sans prévenir personne. »

Elle s'est tournée vers moi. Elle a enlevé ses lunettes, les yeux déjà humides.

« Camille ! Ma chérie ! Comme je suis contente de te voir ! »

Je n'ai pas bougé.

« Entre femmes, » a-t-elle ajouté d'une voix de miel. « Marchons un peu, toutes les deux. Il y a tant de choses à se dire. »

Adrien a ouvert la bouche. Je l'ai arrêté d'un regard.

Dans la poche de mon manteau, j'ai senti le petit objet argenté.

Je l'avais sorti ce matin-là de sa boîte à biscuits. Un geste de médecin, avant une intervention : j'avais vérifié les piles.

J'ai appuyé sur le bouton rouge, du bout du pouce.

« Marchons, » j'ai dit.

La pointe de Pern, au bout de l'île, c'est ce que mon grand-père appelait le bout du monde.

Du granit noir, des vagues qui explosent, un vent qui vous mord les joues.

Inès a marché devant, en manteau camel, comme si elle visitait un musée.

Quand nous avons été à cent mètres de la dernière maison, elle s'est arrêtée.

Son visage a changé. La lumière s'est éteinte.

« Combien ? »

« Pardon ? »

« Combien pour le dictaphone ? Adrien m'a dit pour le dictaphone. Les hommes, ça parle trop quand ça a peur. Deux cent mille ? Trois cent mille ? »

« Tu étais dans la salle quand le clip a lâché. »

Elle a haussé un sourcil, puis elle a souri.

« Je tenais la caméra. J'ai vu le clip glisser. J'ai dit à Adrien : on continue. On ne s'arrête pas pour une petite fuite. »

« La vidéo ? »

« Effacée à 6 h 02. Depuis mon identifiant. Pas très malin, mais à 6 h du matin, on n'est jamais très malin. »

« Et la feuille de Juliette ? »

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