Chapitre 9
Adrien a pris le volant. J'ai pris le siège passager. Raphaël, derrière, tenait deux téléphones.
Personne ne parlait.
« Capitaine Moreau ? C'est Castellane. Vous ne larguez rien. Vous n'embarquez personne de plus. »
La voix du capitaine, à travers l'enceinte de la voiture, était hésitante.
« Monsieur Ferrand a une autorisation de la direction, monsieur. »
« La direction, c'est moi. »
Il a raccroché. Il a changé de vitesse. La voiture a pris le virage du boulevard de Dunkerque presque sur deux roues.
« Tu conduis comme un fou, ai-je dit. »
« Je sais. »
« Tu l'as toujours fait. »
« Je sais. Je me suis toujours dit que ça ne se voyait pas. »
Je n'ai pas souri. Mais j'ai failli.
Quai de la Joliette. L'Aurore, immense et blanche, collée au quai, coque haute comme un immeuble. La passerelle encore posée. Sur le quai, une centaine de dockers de la compagnie, casques jaunes, gilets orange, qui regardaient la scène avec méfiance.
Et sur la passerelle, une valise à la main, Maxime Ferrand.
« Max ! »
Il s'est retourné. Il a vu Adrien.
Son sourire a vacillé, une seconde. Puis il est revenu, parfaitement huilé.
« Adrien. Quelle surprise. Tu viens me faire tes adieux ? »
« Je viens te rendre la monnaie. »
Adrien est monté sur la passerelle. Il avait le poing serré. Je l'ai vu hésiter, les phalanges blanches.
Il a desserré les doigts.
« Personne ne touche à cet homme, a-t-il dit aux dockers. Il va descendre tout seul. Et il sera remis à la police propre. »