Il m'a crue coupable

Chapitre 8

Il m'a fallu une nuit pour répondre à Adrien. Pas avec des mots. Avec des chiffres.

Raphaël m'a ouvert tous les dossiers de la banque. Quatorze heures de relevés, de mails, de contrats. Nous avons travaillé jusqu'à cinq heures du matin, lui, deux de ses collègues et moi, au bout de la grande table, un crayon planté dans les cheveux.

À six heures, TGV. À quatorze heures, salle du conseil, douzième étage, quai de la Joliette.

Je suis entrée avec Raphaël, en tailleur bleu marine, cheveux relevés. Pas de perles. Pas d'alliance.

Douze administrateurs. Odette, à sa place, la canne entre les genoux. Deux représentants de la banque Delcourt. Maître Lebrun, l'avocat de Maxime. Maxime lui-même, jambes croisées, détendu.

Léa, tout au bout de la table, un mouchoir à la main.

Et Adrien, qui s'est levé quand je suis entrée. Tout le monde l'a vu.

« Madame Roussel est ici en qualité d'experte mandatée par la banque, a-t-il dit. Elle a la parole. Personne ne l'interrompt. »

« Quel culot, a soufflé Maxime. Après ce qu'elle a fait… »

« Personne, Max. »

Josiane, sur le seuil avec les cafés, m'a fait un clin d'œil. Le premier geste gentil de la semaine.

J'ai branché mon ordinateur.

« Premier point. Trente et une factures de cale sèche, établies par Navalia Services. Chacune correspond à un navire qui, à la date indiquée, était à la mer. »

Clic.

« La Joséphine, le 3 mars. Au large d'Algésiras. Pas à Gênes. »

« N'importe qui peut fabriquer un graphique, a dit Maître Lebrun.

— Deuxième point. Navalia appartient à une société maltaise, elle-même détenue par Sirocco Invest, à Luxembourg. Le bénéficiaire effectif de Sirocco Invest est inscrit au registre luxembourgeois depuis janvier. »

Je me suis tournée vers Maxime.

« Maxime Ferrand. »

Maître Lebrun a cessé de prendre des notes.

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