Il m'a crue coupable

Chapitre 10

Je suis arrivée à La Ciotat un mardi matin de novembre, par le TER depuis Marseille, un manteau sur le bras.

Le mistral était tombé. La mer était d'un bleu presque insolent.

Au bout de la rue des chantiers, la grille de papa. Repeinte en vert sombre. Sur le portail, un panneau neuf, simple, en lettres blanches : « Chantier Roussel. »

Je me suis arrêtée devant. Mon cœur battait trop fort.

Le chantier était propre. Les hangars balayés, les cales dégagées, les vieux filins enroulés avec soin. Marcel m'attendait sur le quai, sa casquette à la main. Il a pleuré sans honte quand je l'ai serré dans mes bras.

Et au bout du quai, debout, les mains vides, il y avait Adrien.

Il n'était pas venu à ma rencontre. Il me regardait approcher, sans bouger. Comme quelqu'un qui a appris qu'on ne court pas après un phare.

« Bonjour, Camille. »

« Bonjour, Adrien. »

« Tu es venue. »

« Tu m'as dit de voir le quai. »

« Je n'osais pas espérer. »

Il a respiré.

« Je ne te demande pas de revenir. Je ne te demande rien. Je voulais seulement que le chantier de ton père soit à toi. Et que tu saches que j'ai appris à lire. »

Il a glissé la main dans la poche de son manteau. Il en a sorti une feuille pliée en quatre.

Ma gorge s'est serrée. J'ai reconnu le papier.

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