Ce que sa mère m'a acheté

Chapitre 7

Le 3 novembre.

J'ai fermé les yeux.

Ce soir-là, quatre ans plus tôt, j'avais écrit à Adrien depuis la salle d'attente d'une clinique de Bordeaux. Un message de trois lignes, que je n'avais jamais relu depuis.

« Je suis à Bordeaux. Je ne reviendrai pas. Mais je voulais que tu saches que si c'est un garçon, je l'appellerai Léo, comme ton père. »

« Je l'ai lu, a dit Adrien d'une voix éraillée. Et ce message-là… elle ne l'avait pas effacé. »

« Quoi ?

— Elle l'avait gardé. Dans un dossier. Avec un petit mot dans la marge, de sa main. »

Il a inspiré.

« Elle avait écrit : "À conserver. Au cas où." »

Un frisson m'a parcouru la nuque.

Béatrice avait gardé ce message. Pendant quatre ans. Et n'avait jamais rien dit.

« J'arrive, a dit Adrien. Je suis dans le hall de ton hôtel. »

Il y est resté jusqu'à six heures du matin, assis sur un fauteuil de cuir, avant que j'accepte de descendre.

Nous nous sommes retrouvés sur la terrasse, à l'aube, deux cafés entre nous qui refroidissaient.

Adrien avait les yeux rouges. Il portait la même chemise que la veille.

« J'ai affronté ma mère à une heure du matin, a-t-il dit.

— Et ?

— Elle a tout avoué. Sans honte. »

Il a serré sa tasse à la briser.

« Elle m'a dit : "Je l'ai fait pour toi." Elle m'a dit que tu étais une jardinière et que j'étais un Delcourt. Que dans dix ans, je la remercierais. »

Il a eu un rire amer.

« Elle a dit ça en buvant son thé. »

J'ai posé mes mains à plat sur la table.

« Tu les as lus, bravo. Quatre ans trop tard. »

« Je sais. »

« Léo est né un 9 avril. Il a fait ses premiers pas tout seul, un matin, dans mon salon, et j'ai pleuré dans la cuisine, parce qu'il n'y avait personne à qui le dire. »

Adrien a fermé les yeux.

« J'ai appris à monter une poussette dans le tram toute seule. J'ai appris à lui donner des antibiotiques à trois heures du matin. J'ai appris à dire "il n'a pas de papa" sans que ma voix tremble.

— Clara…

— Tu veux que je te pardonne ? Pour quoi ? Pour ce que tu savais pas ? Ou pour ce que tu aurais dû deviner ? »

« Pour tout. Pour rien. Je sais pas. »

Il a posé le front sur ses mains.

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